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Au détour d’une interview accordée à Lyon Capitale le 29 janvier 2019, Jérôme Bocuse avait surpris en s’interrogeant à haute voix sur la légitimité du guide Michelin. « Je me pose la question, avait-il dit alors, de nombreux chefs se posent la question, sur la crédibilité du guide. Et d’ajouter : peut-être que le système Michelin est un système qui a fait son temps et n’est plus adapté. » On imagine que l’attaque n’avait pas fait plaisir à Gwendal Poullenec venant tout juste d’arriver à la direction du guide. Déjà pris personnellement à partie par Marc Veyrat et Alain Dutournier, le directeur a bien tenté de calmer jeu début 2019. Manifestement sans succès. Marc Veyrat qui contestait la perte de sa troisième étoile en affirmant qu’il n’avait pas vu d’inspecteur est allé -chose inédite- jusqu’au procès. Décision prise à la fin du mois de mars 2019 après qu’une réunion ait été organisée au siège parisien de Michelin. Pour mémoire, le chef au chapeau noir réclamait, outre un euro de dommage et intérêts, les preuves des inspections du guide (notamment la copie des factures) et des compétences de ses inspecteurs auxquels ils reprochaient notamment d’avoir confondu « une recette complexe à base de produits savoyards avec une vulgaire tranche de cheddar ». Requête qui peut sembler légitime (ne serait-ce pour les factures) au regard des enjeux, mais qui n’a pas convaincu le tribunal de grande instance de Nanterre qui s’est contenté d’examiner le préjudice économique. Préjudice inexistant puisque la Maison des Bois à Manigod (Haute Savoie) a vu sa fréquentation augmenter de 7% en un an. Le chef et sa société SCS Marc Veyrat « ne produisent aucune pièce relative à l’existence d’un dommage et à la réalité de leur préjudice », a justifié le tribunal dans sa décision en référé.

Jérôme Bocuse reste optimiste

Déçu par cette décision de justice qui n’a pas répondu à sa demande, le chef a tout de même échappé au 30.000 € réclamait l’avocat du guide en compensation de son préjudice moral : “La justice a autre chose à faire que de soigner l’ego démesuré de M. Veyrat qui s’intéresse aux conditions d’attribution des étoiles quand il les perd et bizarrement jamais quand il les gagne”. Mais on ne peut pas résumer la grogne contre le guide par le seul feuilleton Veyrat. Alain Dutournier, chef du Carré des Feuillants a largement développé un point de vue pertinent dans la presse et sur les réseaux sociaux; d’autres encore l’on fait et le feront. Interrogé sur la perte de la troisième étoile -détenue rappelons-le depuis 1965- Jérôme Bocuse s’est quant à lui montré moins vindicatif et presque optimiste . Toujours chez nos confrères de Lyon Capital, même s’il s’est déclaré bouleversé et choqué, il a assuré être très confiant pour l’avenir. « Aujourd’hui, a-t-il déclaré au magazine, lorsque Gwendal Poullenec, le directeur du guide Michelin, dit que les étoiles ne sont pas incrustées dans le marbre, ne sont pas décernées à vie et qu’elles se méritent et ne dépendent pas de l’aura médiatique d’un chef, je ne peux qu’être d’accord. Mais vous savez, nous sommes chez Bocuse des optimistes doublés de compétiteurs, on ne va rien lâcher. Ce sont les clients qui réagiront. Je les laisse commenter. » Et les clients ne s’en privent pas ! Particuliers comme professionnels chacun y est allé de son avis sur la question… avis le plus souvent négatifs à l’encontre de Marc Veyrat et carrément en faveur du restaurant Paul Bocuse. Le spectacle est assuré. Ce qui n’empêche qu’en coulisse beaucoup de chef s’inquiètent devant ce buzz qui vire à la polémique et au règlement de compte. Michelin, pensent-ils, conserve quoi qu’on en dise une autorité auprès des amateurs de bonnes tables et à trop déstabiliser ce guide, même avec tous les défauts qu’on lui connait, ils craignent de perdre une tribune de poids, surtout à l’étranger. Sur ce point on admettra qu’il est difficile de leur donner tort.

Bruno Lecoq

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