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Vins & Gastronomie fête ses 30 ans. Ayant participé à la création de cette revue qui vient de publier son 154e numéro, je me suis permis de retracer, à ma façon, une partie de l’histoire de ce magazine toujours édité et dirigé par Yves Sacuto. Voici le texte que j’ai publié dans le tout dernier numéro disponible chez les bons marchands de journaux…

couv vins & gastronomievin_et_gastronomie

 

30 ans, déjà ?

 

Si ma première fiche de paie parle vraie, c’est en avril 1985 que l’idée de Vins & Gastronomie est née dans le bureau d’Yves Sacuto, Résidence des Mimosas à Cannes. Cela fait donc bien 30 ans. Et si ma mémoire est bonne, le premier numéro est paru peu de temps avant l’été. J’avais 22 ans et je pesais 62 kilos. « Coordinateur de la rédaction » : ce titre approximatif qui m’avait été attribué m’a vite gonflé d’assurance et de rondeurs. Je ne vais pas vous refaire ici l’histoire, toute l’histoire, mais ce qui me semble intéressant de souligner, c’est que l’esprit qui soufflait alors sur la petite équipe réunie autour d’Yves  Sacuto est resté le même en trente ans, malgré les coups durs, les amis perdus- Laurent, Jacques, Patrick, David- et l’époque devenue plus grave, plus âpre. On le doit naturellement à la nature étonnante de cet éditeur atypique, tantôt pugnace, parfois redoutable, mais toujours partant pour embrasser l’avenir, rire à la vie et donner leur chance aux esprits facétieux et audacieux dont il aime plus que tout s’entourer. N’allez pas croire que, écrivant ces lignes, je cherche à me faire quelques compliments rétrospectifs. D’autant que pour me faire embaucher j’avais –je ne sais plus par quel miracle- réussi à faire croire à Yves Sacuto que je savais réaliser un magazine. Il avait fait semblant de me croire. Notre premier courrier des lecteurs m’a remis à ma place : 600 fautes d’orthographe et quelques coquilles. Le lecteur qui nous écrivait de Marseille nous souhaitait longue vie et me conseillait de réviser mon orthographe. Ce fût une première leçon. Il y en a eu beaucoup d’autres pour remettre le journaliste en herbe que j’étais – un rien arrogant il faut bien le dire- sur le bon chemin. Je me souviens d’une boulette qui aujourd’hui encore, trente ans plus tard, me fait roussir de honte. On m’avait envoyé sur la Canebière pour dresser le portrait gourmand de la cité phocéenne et je m’étais retrouvé à la table de chez Fonfon, le roi de la bouillabaisse. Une « première » pour moi qui n’avait jamais dégusté cette spécialité et s’en faisait pourtant une idée très précise. Sans douter de rien, j’avais écrit quelques lignes incendiaires sur ce restaurateur qui m’avait pourtant reçu avec tous les égards que l’on réservait alors aux journalistes gastronomiques. Le pauvre. Il n’a pas du comprendre… Ce que j’ai compris un peu plus tard : sa bouillabaisse était merveilleuse. Puis-je en profiter pour m’excuser ? Passé de la chambre d’étudiant à peine capable de réchauffer une boîte de raviolis sans les brûler au restaurant trois étoiles avec un stylo à la main et une liberté totale : j’avais sans doute quelques circonstances atténuantes. Toujours est-il que j’ai appris, et notamment les bases de la dégustation d’un vin avec Jean-Pierre Rous, alors sommelier du Royal Gray à Cannes, qui a rejoint la rédaction du magazine bien des années plus tard.

Des grands chefs et des stars

Bocuse

Vins & Gastronomie à ses débuts traitait de grands chefs et je les ai  tous rencontrés avec la bénédiction de Paul Bocuse (à la une du N°3) qui nous a ouvert à peu près toutes les portes, de Georges Blanc, Bernard Loiseau, Pierre Troisgros…

article michou

Nous invitions aussi les stars à nous raconter leur gourmandise et sur ce registre c’est Michou –qui avait eu les honneurs de notre premier numéro- qui me fit rencontrer pour le magazine tous les grands qui, de Charles Aznavour en passant par Jean-Paul Belmondo, se donnaient du mal pour répondre à des interviews qui étaient alors assez inédites.

couverture Vins et Gastronomie : Henri Gaultarticle Roland Escaig : L'ideal du pour et du contre...

Et la rédaction s’est étoffée. D’abord avec Roland Escaig qui éditait les Petites Bibles de Paris et de la Côte d’Azur ainsi qu’une Gazette bien informée, ensuite avec Henri Gault qui fût et qui reste mon idole avec Christian Millau. Partager la table d’Henri, l’observer, l’écouter et le lire par la suite pour comprendre le mécanisme d’une analyse fût pour moi une grande leçon. Je n’en n’ai pas perdu une miette. Et j’ai encore en mémoire le goût d’un saumon gros sel dégusté chez Jacques Maximin (époque Negresco) que le journaliste m’avait littéralement appris à apprécier. D’autres saveurs, d’autres plats ont pour toujours marqué ma mémoire sans que j’ai besoin de reprendre mes notes : une friture chez Alain Chapel, suivie d’un saint-pierre pour ne citer que ce chef admirable. J’ai quitté par la suite Vins & Gastronomie allant jusqu’à souhaiter le pire à ce titre qui ne pourrait jamais me survivre. Forcément. C’est encore une leçon de la vie. Non seulement le titre m’a parfaitement survécu, mais à chaque fois que j’y suis revenu – pardonné de toutes mes petites colères- j’y ai retrouvé ma place comme au premier jour. Incroyable mais vrai.

Vins & Gastronomie - Yves Sacuto

Je le dois à Yves Sacuto qui est, malgré toutes les rosseries que j’ai pu distiller, la quintessence d’un vrai éditeur. Je sais qu’il ne va pas aimer me lire ici, mais c’est aux lecteurs de cette revue que je m’adresse. Un éditeur qui aime à ce point les journalistes, qui aime leur liberté de penser et place cette valeur au-dessus de toutes les rancunes –même s’il peut se fâcher, ne pas être d’accord- est forcément un grand éditeur. J’aurai bien l’occasion d’écrire quelques vacheries dans un prochain numéro, mais pour cet anniversaire que j’ai la faiblesse de prendre un peu pour le mien, je n’ai qu’une envie : lui dire merci. Et une requête : que l’aventure continue le plus longtemps possible. Ne pleurez pas, c’est très égoïste : avec Vins & Gastronomie j’ai l’impression d’avoir encore 22 ans. Avec 10 kilos en plus. Oui 10. Enfin, ça dépend…

 

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Un Commentaire

  1. SADOUNI / 31 mai 2018 at 13 h 39 min /Répondre

    Vous avez eu plus de chance que mon fils jeune stagiaire d’une école de commerce qui est toujours en train de se battre pour percevoir son dernier petit salaire. En effet Mr Sacuto Yves doit penser que l’on peut profiter des étudiantes. Quelle honte

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