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Les gourmets qui sont de plus en plus nombreux à suivre ce blog pourront légitimement se demander pourquoi je choisi d’inviter aujourd’hui l’actualité nationale dans mes commentaires. Ce billet ne leur est pas forcément destiné.

Mais le journaliste que je suis depuis plus de trente ans ne regarde pas le monde qu’à travers les bonnes tables et sa spécialité gourmande. Et il ne peut rester sans réaction alors que des confrères viennent de tomber sous les balles d’assassins indignes du genre humain. D’autant plus que j’ai noté ces derniers jours une recrudescence du mot « France »  dans les mots clés qui ont drainé vers ce site de nombreux lecteurs que j’imagine en quête de clés pour mieux nous comprendre. Comprendre l’esprit Français aujourd’hui pris pour cible par une poignée de terroristes aux cerveaux manipulés. A ceux-là je réponds que tout est dit dans ces trois mots porteurs de valeurs capitales : liberté, égalité, fraternité. Cette promesse, même si elle n’est pas toujours tenue avec la rigueur qu’elle mérite, dessinent les frontières de notre beau pays qui est une République Laïque. Une République qui invite celles et ceux qui la choisissent ou qui y sont nés à se fondre dans le moule de la tolérance absolue. Et en premier lieu, en laissant dans la sphère de l’intime tout ce qui doit y rester, comme le choix d’une religion.

Vous comme moi savons combien les différentes communautés qui composent notre pays ont depuis des années transgressé cette règle essentielle en tenant d’imposer à l’ensemble de nos concitoyens ici leur morale, là l’expression de leur différence. A chaque fois, au nom du respect qui leur serait dû. Mais à chaque fois aussi en déniant à la République le droit d’organiser notre vivre ensemble. C’est vrai pour les musulmans qui ont imposé dans notre champ de vision un voile (quand ce n’est pas une burka) contraire à notre vision du droit des femmes, c’est vrai pour les catholiques qui ont voulu un temps nous imposer leur vision du mariage et c’est vrai aussi chez les juifs lorsqu’ils prétendent interdire toutes les analyses critiques sur la politique de l’Etat d’Israël. Ces exemples parmi tant d’autres ne se limitent pas à ces trois communautés visibles et audibles. Mais ils montrent notre fragilité et la menace que font peser ces dictats communautaires sur l’unité nationale.

Mais la France, ce n’est ni les communautés, ni leur rejet : c’est leur intégration dans une structure pensée pour le bien de tous. Et c’est avant tout ce bien précieux  qu’est la liberté de pensée. Une liberté trop souvent mise en joug par une  « police de la pensée » qui s’est immiscée en trente ans de façon insidieuse dans notre quotidien, toujours au service des intérêts des communautés. C’est aussi des valeurs culturelles et intellectuelles qui elles aussi ont été reléguées au second plan par une société de consommation sans foi ni loi. Et c’est là que l’esprit Français est sans doute le plus directement menacé. Car une société qui n’a que l’argent et le « toujours plus » comme divinités est elle-même créatrice de frustrations profondes qui trouvent dans la violence un moyen d’expression radical. Et je ne cherche pas d’excuse aux esprits faibles qui tombent dans ce piège et servent à leur façon des intérêts qui les dépassent de très loin.

C’est en défendant avec intransigeance les valeurs qui ont fait le prestige de notre beau pays à travers l’Histoire que l’esprit Français trouvera les moyens de sa survie. Ces valeurs ont le mérite d’être accessibles à tous. Sans argent, d’où que l’on vienne. Ces valeurs, ce sont la connaissance, la culture, le talent, les arts, le savoir-faire, l’intelligence. Et c’est à la République de remettre au premier plan ces vraies richesses en célébrant les élites qui les représentent, en les désignant comme modèles. Il faut être complétement irresponsable pour oser dire aujourd’hui que l’on souhaite voir de plus en plus de Français rêver de devenir milliardaires. Ce n’est pas ça la France, ça n’a jamais été ça. La vulgarité indécente de ces propos qui stigmatisent est indigne de la République. Non, la France doit rêver d’écrivains, d’artistes, de chercheurs, de savants, d’artisans de talent. La France doit être en première ligne de la Connaissance et offrir cette Connaissance en modèle au monde. C’est ça l’esprit Français. Rien d’autre.

Bruno Lecoq

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