A la foire aux vœux

27 décembre 2018  •  0 Commentaires

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Noël vient à peine de rendre l’âme -huitres, foies gras, dindes et bûches ont joué leur partition immuable- qu’il faut déjà plancher sur les vœux. Que faire ? Que dire ? Et que faire et que dire lorsque l’on anime un site dédié à la gastronomie ? Reparler d’agapes ? De Champagne et autres nourritures délicates associées à l’esprit de la fête ? Vu le contexte, vu la défiance de plus en plus vive qui semble devoir dicter le ton de tous propos- effet Gilets Jaunes oblige- ce n’est sans doute pas opportun. Certes, je pourrais vous resservir cette belle idée à laquelle je crois (vraiment) et vous redire que ce n’est pas le prix qui fait l’excellence – les meilleures sardines du monde coûtent moins chères que le plus mauvais des saumons- mais que c’est l’intention.
L’envie, à défaut de le sublimer, de différencier l’instant en mettant comme on le dit encore parfois « les petits plats dans les grands ». Une belle table, nappée, décorée, une belle atmosphère -bougies- : je ne vais pas vous faire l’affront de vous rappeler le cérémonial d’une table en fête mais permettez-moi de vous en rappeler l’importance, et de vous rappeler que ce qui compte et laisse trace, c’est d’abord l’envie de faire plaisir. Cette précaution étant prise, que faut-il vous souhaiter pour 2019 ? Peut-être d’être plus vigilants sur ce que vous disent les étiquettes. Cela vous évitera d’apporter une obole passive aux margoulins de la malbouffe et d’encourager – en boudant les produits indignes- les distributeurs à vous proposer ce qu’il y a de mieux.

Manger moins, ne plus gaspiller

L’idée, c’est peut-être de manger un peu moins et de ne plus gaspiller. C’est aussi de se dire qu’il vaut mieux s’offrir une seule tasse d’un bon café, fraichement torréfié, fraichement moulu, que trois bols d’un café bas de gamme qui ne respecte pas davantage le produit que ceux qui le récoltent. Pour atteindre cette idée du bonheur forcément très relative, il est sans doute utile de revoir notre échelle des valeurs. Et de considérer que c’est l’émotion positive qui doit prévaloir. Pas la quantité, pas la facilité. A table comme ailleurs. Pour y parvenir assurément, n’hésitez plus à quitter les villes pour partir à la découverte de nos campagnes, de nos petits producteurs, de nos marchés, ne ratez jamais l’occasion d’engager le dialogue avec l’ensemble des acteurs de la chaine alimentaire à dimension humaine. Nous avons beaucoup à nous dire et nous apporter. Et croyez-moi, ce sont ces rencontres sources de connaissance et de redécouverte qui nous préserveront le plus sûrement de la perte des repères que nous propose notre monde de la surconsommation frigide et stressée (stressante aussi). Et je me permets un dernier vœu. Préservez-vous des anathèmes. Qu’ils soient dictés par la mode ou les nouvelles croyances, ils sont toujours à l’origine du rejet de l’autre, de son anéantissement. Vous n’aimez pas le foie gras ? N’en consommez pas, mais laissez ceux qui l’apprécient en profiter sans porter de jugement. Militez plutôt pour des élevages respectueux. La table du bonheur ne fait pas de politique, elle ne juge pas, mais elle milite forcément pour la tolérance et l’exigence. Au-delà de ça, puisque vous avez eu la patience de me lire jusqu’ici permettez-moi de vous souhaiter enfin tous les bonheurs du monde.

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