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« Nous sommes au regret de vous annoncer que Gastronomie Magazine (Gmag) a cessé de paraître, après une aventure de quatre années riche en rencontres et en découvertes. » C’est par cette phrase que Laurent Seminel et Antoine Boucomont, respectivement directeur de la rédaction et directeur de la publication, ont annoncé la fin de leur belle aventure. Mieux que personne, j’imagine leur déception. Et je leur souhaite, tout comme moi qui fit reparaître Lecoq Gourmand en kiosque après dix années d’absence, de ne pas avoir de regret. Car il faut mieux interrompre une aventure que la compromettre par des concessions qui, dès qu’on les accepte, n’ont pas – ou si peu- de limites. J’ai pu lire à ce propos le commentaire qu’avait choisi de faire Franck Pinay-Rabaroust, l’animateur du site Atabula, et je dois dire que je ne partage pas son avis, ou plutôt sa conclusion vacharde à l’adresse de Laurent Seminel : « Gmag, écrit-il, laissera l’image d’un support de belle qualité, intelligent et ambitieux, mais qui manquait d’un véritable leader pour tenir toutes ses promesses. » Et même si je peux comprendre qu’il a écrit cette phrase sur fond d’amertume – il le dit fort honnêtement : «Farouchement indépendant, Laurent Seminel a refusé tout rapprochement avec d’autres supports, notamment avec Atabula qui a proposé, à plusieurs reprises, de jouer la complémentarité », je vais vous dire pourquoi il se trompe dans son analyse. Gmag n’a pas plus tenu que Lecoq Gourmand non pas faute de leader – ça n’a plus de sens à notre époque-, mais parce qu’il n’y a pas de lecteurs suffisants pour ce type de littérature. Un point c’est tout. Les passionnés de gastronomie – déjà peu nombreux- sont tellement abreuvés d’infos via le net et via la presse (généraliste  et professionnelle) qui traite de cette thématique dans tous ces numéros, que l’on se demande bien comment ils trouveraient le temps et la nécessité de débourser quelques euros pour en lire davantage. Et ce, quel que soit l’axe choisi, le ton, l’indépendance. J’ai payé pour voir. Et une bonne régie – j’en avais une pour L.G- ne suffit pas à masquer l’absence d’emprise sur l’opinion. Même avec une cible étroite. L’époque où Christian Millau et Henri Gault passionnaient la France gourmande avec leur magazine et leurs guides est loin derrière nous. Ils ont inventé un genre qui a disparu avec eux et qui correspondait au besoin d’une époque. Voilà tout. Aujourd’hui, le lecteur est volage. Il passe d’une page Facebook, à un blog, un livre, une chronique publiée dans un quotidien avec naturel et il compose son propre menu, picorant l’info au gré des opportunités. Et qui pourrait lui donner tort ? J’ajoute à cela que les dossiers qui dérangent ne sont pas assez vendeurs pour faire la différence. Et qu’il est illusoire de penser qu’un Canard Enchaîné de la gastronomie trouverait sa place. Là encore, j’en ai suffisamment fait l’expérience pour en parler, ne serait-ce qu’en levant tous les lièvres possibles avec mes complices d’alors – Périco Légasse, Jean-Claude Ribaut, Valérie Faust…-. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’on ne trouvait pas Lecoq Gourmand en kiosque !  C’est juste un constat : nous avions fini par avoir plus de téléchargements gratuits – la version lisible en ligne était à chaque fois piratée- que de ventes en kiosque. Je crois objectivement que s’il reste une place pour un magazine de gastronomie, elle est d’abord modeste, très modeste même, et qu’elle est ensuite réservée à des magazines qui « positivent » et proposent de beaux reportages capables de faire rêver le lecteur. Et de belles recettes. Pour le reste, le net remplit parfaitement sa mission et, c’est un fait, facilite l’indépendance et la liberté de ton.

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