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A force de discuter avec les uns et les autres et ce depuis plus de 30 ans, j’avais fini par me faire à l’idée que dans l’hôtellerie-restauration le professionnel heureux était une rareté, pour ne pas dire une exception… et encore, une exception provisoire. Entre les conditions de travail de plus en plus difficiles, l’administration de plus en plus tatillonne, le personnel qui chaque année est un peu moins ci ou plus ça : je ne suis pas en train de me moquer, mais disons que j’avais fait le constat de tant et tant d’embûches qu’il était devenu pour moi inenvisageable de trouver au sein de cette grande famille une corporation satisfaite. Manifestement je m’étais trompé puisqu’il en existe au moins une : les Clefs d’Or, ces aristos de la conciergerie que l’on croise dans l’hôtellerie de luxe : 4000 à l’échelle du monde ; un peu plus de 400 en France. J’ai pensé à eux en découvrant que cette association d’entraide qui fêtait cette année ses 90 ans allait se réunir du 22 au 27 mars à Cannes prochain. Cela m’a aussitôt fait penser à mes premiers pas en tant qu’apprentis journaliste, sur la Croisette en 1982, à l’époque assistant de Fernand Dartigues créateur de la revue Paris Côtes d’Azur International. C’est grâce à ce journal que j’avais appris l’existence de Roger Bastoni, chef concierge de l’hôtel Majestic, une sorte de big boss au physique d’acteur capable de remplir n’importe quel restaurant ou salon de coiffure avec la riche clientèle de son palace.

Le contact humain au cœur du métier

Ce professionnel qui avait débuté sa carrière au sortir de l’adolescence (à une époque où l’on pouvait commencer à travailler à 14 ans) aura passé 41 ans de sa vie dans la loge du célèbre hôtel cannois. Président national des Clés d’Or entre 2003 et 2009, président international ensuite et aujourd’hui président d’honneur à vie : autant dire qu’il a vu le métier évoluer. Je lui ai donc posé la question : Roger, qu’est-ce qui a changé dans votre métier en près d’un demi-siècle ? Sa réponse m’a surpris : « rien ». Ou si peu. « Evidemment a-t-il ajouté, comme l’aviation l’hôtellerie de luxe s’est démocratisée, l’activité est devenue moins saisonnière, mais informatique ou pas, le cœur de notre métier est resté le contact humain. » Avec toujours ce qu’il faut de psychologie, flegme, discrétion, de don pour les langues (il faut en parler au moins trois), de réactivité et plaisir de servir une maison – l’hôtel- et ses clients. L’autre variante, c’est peut-être aussi le management qui s’est perfectionné : on le sait peu mais en pleine saison par exemple le chef concierge d’un palace doit savoir gouverner une équipe d’une quarantaine de personnes, entre assistants, chasseurs, bagagistes, voituriers : cela fait du monde. Et ce qui rend nos chefs concierges particulièrement heureux, c’est que la relève est assurée. Notamment grâce à une formation professionnelle en entreprise instaurée avec le Lycée hôtelier de Toulouse qui forme depuis les années 2000 par moins de 12 concierges professionnels par an, autant d’hommes que de femmes. « Et, se réjouit Roger Bastoni, depuis la création de ce cursus, on ne compte pas moins 132 élèves qui ont trouvé leur place aujourd’hui dans les grands hôtels et palaces français. » Bref, il n’y a pas de pénurie et comme les richissimes clients qui parcourent le monde sont de plus en plus riches et finalement plus nombreux : choisir de faire sa vie professionnelle dans un palace semble être un bon choix.

Chronique publiée dans le magazine de l’Umih, Nous CHRD

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