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Insatiable, omniprésent et toujours prêt à faire son chez soi chez les autres – palaces, musées, sites historiques- : Alain Ducasse est tombé sur plus fort que lui avec la Sodexo qui est finalement parvenue à l’évincer de la Tour Eiffel où il officiait depuis dix ans, avec pour dernier fait d’arme un dîner médiatique entre le président Macron et Donald Trump. Mais comme toute concession, celle de la Tour Eiffel n’était pas un droit acquit à vie et c’est donc aujourd’hui Thierry Marx et Frédéric Anton qui sont devenus les nouveaux seigneurs des lieux, avec -outre le prestige du site- une sympathique manne financière assurée pour quelques années. On s’en doute, la presse a commenté l’événement avec gourmandise parlant d’échec, de défaite pour le parrain de la cuisine française. Des mots, on s’en doute, qui ont plongé Alain Ducasse dans une colère noire qui ne semble pas devoir s’apaiser. Quelques propos rapportés, peu amènes à l’endroit de Frédéric Anton et et de Thierry Marx qu’il aurait qualifié de « guignol », font penser que le crime de lèse-majesté est mal vécu. C’est bien simple, ceux qui côtoient A.D au quotidien (pas Alain Delon, Alain Ducasse) évite d’évoquer le sujet en sa présence. Encore plus depuis l’affront du procès perdu par l’ex-pensionnaire de la Tour Eiffel devant le Tribunal Administratif auquel il demandait d’annuler le nouveau contrat. Et ce n’est pas son recours en cassation qui risque de changer la donne puisque de l’avis des experts il n’a aucune chance d’aboutir.

Il lui faut donc tout ?

Cette guerre ouverte, assez sordide en fait, nous montre en tout cas que la fraternité si souvent affichée par le monde des « grands chefs » – on a tous en mémoire les photos faites pour l’enterrement de Paul Bocuse puis de Joël Robuchon- n’existe pas. Au contraire, ici comme ailleurs le pognon rend fou. Je ne suis pas sûr que vous vous en souveniez, mais j’ai déjà eu l’occasion d’écrire ici un article assez critique sur le système mis en place par Alain Ducasse et son peu d’appétence à partager le gâteau ; à savoir les bonnes affaires. On le sait peu, mais le grand chef monégasque qui est un homme de réseau a déjà dans son escarcelle une quarantaine de points de vente au sein de lieux culturels et de prestige nationaux parmi lesquels le Château de Versailles, le musée d’Orsay, le musée Rodin, la Bibliothèque Nationale de France… Il lui faut donc tout ?

Comment perdre plus qu’une concession…

Je savais – pour en avoir reçu la confidence- la frustration que son attitude causait auprès de certains de ses confrères, las de faire allégeance et de se contenter des miettes du festin. Eh bien nous y sommes. C’est à mon avis beaucoup plus qu’une concession que le grand chef monégasque vient de perdre, c’est très certainement l’estime de bon nombre de ses pairs qui le considéraient un peu comme le « patron », plus encore après la disparition de Paul Bocuse et de Joël Robuchon. Et si la situation ne devait pas s’apaiser rapidement – on peut en douter mais on peut aussi l’espérer-, il y a fort à parier que d’autres crises viendront mettre à mal l’indispensable cohésion dont la haute gastronomie française a besoin pour préserver une suprématie déjà très contestée à l’international. Ce serait dommage et difficilement compréhensible

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