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J’ai croisé l’autre jour Patrick Scicard ; un peu plus de trente années passées à diriger des grands hôtels, du Lutécia en passant par le Martinez à Cannes et aujourd’hui à la présidence de PSI, florissante société de conseil en management en hôtellerie-restauration avec des bureaux en France, en Asie, dans les pays du Golfe et aux Etats-Unis. Autant dire que l’homme sait de quoi il parle lorsqu’il débat d’hôtellerie, et ce ne sont pas les dix-sept années passées aux commandes de Lenôtre (alors chez Accor) qui lui ont fait oublier ce qu’aucun hôtelier ne devrait ignorer : les chambres d’hôtel sont avant tout destinées à des clients qui souhaitent s’y reposer, dormir et, c’est un minimum, s’y laver les dents.

Que ces chambres soient belles, spacieuses et confortables fait partie des « plus » que signalent les étoiles et un tarif adapté. Mais il ne faudrait pas que seul le tarif soit adapté… Et c’est précisément ce qui faisait rager celui qui a conservé l’ amour du métier, pris au piège d’une énième douche glacée dans un hôtel de province la veille de notre rencontre.

Le supplice de la douche froide

 « Tu ne peux plus prendre, me disait-il, une douche dans un hôtel le matin en fermant les yeux. Les designers cherchent tellement à se distinguer que l’on n’y comprend plus rien. C’est simple, poursuivait-il, il faut être ingénieur pour deviner dans quel sens manipuler les commandes d’eau chaude ou d’eau froide et avoir fait de hautes études pour savoir si l’eau va couler du plafond, sur les côtés ou du pommeau que tu tiens naïvement dans ta main ! » Il n’a pas tort. Nous en avons tous fait l’expérience, levé avant le chant du coq, les yeux pas tout à fait en face des trous : les chances de se faire méchamment surprendre par un jet d’eau glacée sont multipliées par cent. Et comme me le rappelait Patrick Scicard, je ne vous parle pas du moment pitoyable où, le pommeau de douche coincé entre les cuisses, vous cherchez à faire couler le savon (ou le shampoing) en appuyant comme un forcené sur le support mural (le plus souvent mal placé) qui contient le liquide convoité ; savon qui coule inévitablement entre les doigts et forme sur le sol une sorte de tapis glissant qui finit de transformer une douche vivifiante en épreuve périlleuse et terriblement agaçante. Vraiment, il serait temps que les décorateurs, aménageurs, architectes et autres têtes pensantes en salle de bain descendent de leur nuage. Que la salle de bain soit belle c’estd’accord et c’est tant mieux, mais qu’elle soit d’abord aménagée de façon pratique et dotée d’un équipement fiable, simple d’utilisation. Cela nous éviterait aussi cette nouvelle mode des lavabos carrés à fond plat, le plus souvent équipés de robinets inadaptés qui font qu’il est impossible de se laver les mains sans – c’est selon- maculer le miroir de gouttes d’eau plus ou moins propres, ou se mouiller les pieds, la chemise, le pantalon…. Peu m’importe la mode, ces lavabos sont une véritable plaie ! Ils posent non seulement desproblèmes d’éclaboussure mais également d’écoulement fastidieux et franchementdésagréables au moment où vous vous rincez la bouche après vous être lavé lesdents. C’est joli, à condition de ne pas s’en servir ! Et comme le préciseencore Patrick Scicard à qui rien décidément n’échappe : ces lavabos sont enfinune épreuve pour les femmes de chambres qui doivent nettoyer la crasse dans desangles droits pas très faciles d’accès. Bref, on n’a jamais fait aussi peu pratique et aussi peu hygiénique. Message aux directeurs d’hôtels : n’acceptez jamais ça !  Pensez aussi, puisque nous sommes à l’heure des doléances, au fait que les chambres sont régulièrement occupées par deux personnes, des couples pour l’essentiel. Bref, des WC dans la salle de bain, séparées par un simple paravent en verre transparent comme j’ai pu en voir dans un grand hôtel en Champagne : ce n’est pas possible ! Bonjour l’intimité. Tout comme j’ai vu des salles de bains donnant sur une baie vitrée qu’il était impossible d’occulter de l’intérieur… Le temps de m’en rendre compte, comment vous dire, j’avais déjà l’air ridicule. Une dernière requête pour la route ? La pénurie de prises de courant. C’est bien gentil d’ajouter des gadgets connectés, des écrans, des lampes d’appoints, mais il faudrait aussi prévoir quelques prises supplémentaires pour le client qui, une fois qu’il aura mis son mobile à recharger, peut éventuellement avoir besoin de brancher son ordinateur portable, un fer à repasser ou que sais-je encore. J’arrête ici, sachant que vous êtes tout autant que moi capable de compléter la liste des inepties produites par nos chers décorateurs d’hôtel. Des « créateurs» que l’on devrait obliger à coucher dans les chambres qu’ils aménagent… Avec, pourquoi pas, les directeurs qui leur trouvent du talent.

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