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Ultime star de la nuit parisienne, Tony Gomez a fait du Queen une institution incontournable. Médiatique, perfectionniste et lucide, il porte sur le monde de la nuit un regard optimiste mais pas forcément angélique…

Vous animez depuis quelques années le Queen, une adresse de référence si ce n’est l’adresse de référence des nuits parisiennes : comment expliquez-vous sa longévité ?

Cela fait bientôt 22 ans que le Queen existe. C’est une adresse qui a pris toute sa valeur avec les années, et puis nous sommes sur les Champs-Elysées, elle est connue à l’international et je peux dire que c’est un monument historique de la nuit parisienne. Sa longévité s’explique donc par tous ces atouts et notre programmation multi-facettes, avec des soirées mythiques, très différentes musicalement les unes des autres avec la soirée Disco du lundi, la « Ladies Night » du mercredi, ou encore la soirée DJ du vendredi avec ses guest. Toutes ces identités font celle du Queen.

Parmi les autres spécificités du monde de la nuit il y avait la personnalité des patrons : on allait chez Régine, Jean Castel… Est-ce encore le cas ?

Malheureusement non, il  y a de moins en moins de figures la nuit. Déjà parce qu’il y a de moins en moins d’établissements tenus par leur propriétaire. Régine, Jean Castel… ils étaient propriétaires. Le business ayant pris le dessus, les discothèques appartiennent souvent à des hommes d’affaires. Au Queen, c’est un peu différent : j’en suis l’animateur omniprésent, au minimum six soirs par semaine, de l’ouverture à la fermeture et cela se sait : on vient me voir, on me téléphone.

Nous CHRD – Vous êtes facilement joignable, vous nous donnez votre numéro de téléphone ?

T.G – Oui bien sûr : 06 15 14 87 67, à très vite.

Certains disent que le métier est condamné par internet, l’interdiction de fumer, les contrôles d’alcoolémie et plus généralement par les nouveaux modes de consommation… Qu’en pensez-vous ?

Je ne vois pas comment Internet peut faire du tort à notre métier : je dirais même qu’avec les réseaux sociaux, c’est tout le contraire. Il est évident que cela nous permet de communiquer, de rester en contact avec nos clients et cela nous fait réaliser un gain énorme. Quant à l’interdiction de fumer, cela n’a rien changé fondamentalement. Je suis persuadé que dans 50 ans, on s’étonnera qu’il ait été possible de fumer dans les boîtes de nuit. C’est comme le ceinture de sécurité quand elle est devenue obligatoire, on a pris ça pour une régression alors que finalement c’était pour notre sécurité. Par ailleurs, nous avons mis en place des fumoirs qui ont rajouté une forme de conviavilité.

On a aussi l’impression que le monde de la nuit s’est rétréci et qu’il concentre désormais ses sorties sur les fins de semaine…

Tous ces hommes d’affaires qui tiennent des établissement veulent une rentabilité maximum sans prise de risque. Ils jouent donc la carte de la facilité en n’ouvrant que les jeudi, vendredi, samedi, voire que le vendredi et le samedi. C’est dommage. Le Queen ouvre tous les soirs 365 jours par an, et je pense que pour une capitale comme Paris il est primordial d’avoir un établissement ouvert 7j/7j.

Les discothèques sont-elles amenées à devenir de plus en plus sélectives sur les clients ou, au contraire, à s’ouvrir à tous ?

Le filtrage est obligatoire. Déjà à cause de l’alcool : nous n’avons pas le droit de faire entrer quelqu’un qui est en état d’ébriété. Une nuit, c’est un équilibre. Si vous avez 20 mecs qui frappent à votre porte pour fêter l’enterrement d’une vie de garçon, ce n’est pas évident à laisser entrer. Le principe, ce n’est pas tant d’interdire l’accès à des gens, c’est d’ assurer une bonne soirée à ceux qui sont à l’intérieur. Ensuite, il y a 40 ans, il était beaucoup plus difficile d’entrer en boîte de nuit : aujourd’hui il faut le faire exprès pour ne pas être accepté.

Et au niveau du look ?

C’est quelque chose qui me touche beaucoup. Je vais être très vulgaire mais je ne comprends pas comment on peut passer de la case « bureau » à la case « boîte de nuit » sans passer par la case douche et changer de slip et de chaussettes. L’idée c’est que si l’on sort, il faut faire un effort. Dans les années 70, la fête durait quatre jours : trois jours pour la préparer et un pour la fête. Aujourd’hui, c’est un soir de fête et trois jours pour s’en remettre.

Face à des comportements de plus en plus violents à l’extérieur mais aussi dans les discothèques, comment la sécurité doit-elle évoluer ?

Là, ce n’est plus le patron de boite de nuit qui parle, c’est le citoyen. Et ce citoyen a remarqué une montée de la violence au quotidien. On la rencontre dans la journée en voiture, dans les transports en commun, ce n’est pas lié à la nuit. Et quand des troubles-fête se représentent on les bloque à la porte.

La discothèque, hors des grandes villes et sans de forts capitaux, est-ce encore possible ?

Bien sûr. Je veux saluer les patrons des boîtes de province qui font un travail extraordinaire. Si les municipalités comprenaient que les boîtes de nuit sont comme à Paris un atout économique pour les villes, ils se comporteraient différemment.  La nuit motive les gens : une destination peut être choisie pour sa vie nocturne à Paris comme en province.

Comment voyez-vous l’avenir de la profession ?

Je suis optimiste. Avant, la nuit était regardée de travers, maintenant elle fait partie de la société. Quand je vois toutes ces capitales qui encouragent la nuit, cela veut bien dire que ça compte économiquement, que ça n’est plus marginal.

Propos recueillis par Bruno Lecoq pour le magazine « Nous CHRD »

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